STORY ROOM 4

[Carnet de voyage 49/52 de l'année]

Explication :
Début décembre 2018, j'ai eu le plaisir de performer pour le 33e Hors Lits de Montpellier.
Lors de ces performances "STORY ROOM", j'ai écrit des textes en direct à partir de mots du public et projetés pendant leur écriture.
7 textes sont donc nés en interaction avec le public. Pour terminer l'année des Carnets de voyage, je vous propose ces voyages en écriture et en imaginaire…

Lecture des textes STORY ROOM - Comment ça fonctionne?
Entre crochets sont les mots donnés par le public au fur et à mesure de l’écriture.
Rappel: Chaque texte a été écrit en direct pendant 1/4 d’heure environ et projeté pendant son écriture. Il n'a pas été modifié.

STORY ROOM 4

[Une femme. Noémie. Elle écrit des histoires. Elle est rousse. Elle a des taches de rousseur. Elle est enjouée, porte des couettes et a un grain de beauté sur l’oreille. --- Elle écrit sur son balcon. Sur le palier. --- La veille. Elle a bu un coup.]

Hier, Noémie avait bu un coup. D’habitude, elle s’abstient la semaine. Mais certains jours sont un peu plus pénibles que d’autres. Du vin, ça l’aide à les faire passer, et sûrement à les digérer. C’est peut-être parce qu’elle avait bu, quoique ce n’est pas sûr, qu’elle avait oublié ses clés à l’intérieur. Résultat : Noémie a passé sa nuit sur son palier.

Le lendemain, aujourd’hui donc, elle s’est réveillée un peu plus bouffie que d’habitude, un peu plus stressée et un peu plus énervée.

C’est-à-dire : pas très en forme.

Elle a sorti son petit miroir de poche et a jeté un œil sur sa surface brillante : ses cheveux roux étaient en désordre, avec une mèche qui se baladait vers le ciel (allez savoir comment…), et ses yeux étaient encore rouges d’avoir trop pleuré pendant cette nuit solitaire.

Au petit matin, Noémie a l’habitude de prendre son temps, de se faire un thé, de faire son yoga, de prendre une douche, puis, tranquillement, très tranquillement, d’aller continuer à écrire son histoire du moment sur son balcon.

[Son chat, Oscar. --- En rampant. --- Besoin d’écrire.]

Noémie, en ce matin tragique, a vraiment besoin d’écrire. Ça lui ferait du bien, de s’épancher sur le papier, de pleurer des mots.

Elle pense aussi à Oscar, son chat [siamois tigré].

Hier justement, Oscar avait fait des bêtises. Noémie s’était énervée et elle l’avait enfermé dans le cagibi. Et maintenant ? Qu’en était-il d’Oscar après une nuit au milieu de toutes ses provisions ?

Elle l’imagine ayant dévoré tout le paquet de croquettes, son ventre dégoulinant, déjà trop grassouillet. Il ne doit plus tenir sur ses pattes. Sûrement qu’elle le retrouvera en train de ramper parmi les conserves et des miettes de ces croquettes puantes.

Elle n’ose pas y penser davantage…

[Pourpre. --- Une sauterelle. --- Un lampadaire. --- Des topinambours.]

En attendant, elle ajuste ce qui lui reste de couettes et, alors qu’elle a les bras levés, ça la gratte sous l’aisselle gauche, comme un petit guili.

Noémie s’empresse, tout naturellement, de se gratter. Mais avant même que sa main ne parvienne sous son pull, une sauterelle s’échappe de sa manche.

Ce n’est plus la saison.

Hier, comme aujourd’hui, nous sommes en décembre.

Noémie énumère les différentes possibilités concernant la présence de cette sauterelle.

La plus plausible, selon elle, c’est qu’elle a fait son petit nid au milieu de ses poils (car Noémie, en jeune femme du XXIe siècle, ne s’épile pas!)

Lorsqu’elle a fini de réfléchir au nid de la sauterelle, Noémie remarque, enfin (ce n’est pas trop tôt!) que l’insecte est pourpre. Ça l’étonne. Plus encore que sa présence. 

Elle tend alors la main, la récupère dans le creux de sa paume.

La sauterelle chantonne. Alors Noémie, toujours un peu froissée par sa nuit, approche lentement sa main de son oreille pour se laisser bercer par l’été.

Seulement, la sauterelle ne chante pas.

La sauterelle parle.

Oui, parfaitement. 

Elle parle, et en plus de tout, elle ne fait que répéter un mot en boucle : « topinambour ».

C’est à ce moment précis que Noémie se rend compte que sa couette droite est accrochée à son genou et qu’elle a des taches de rousseur sur les doigts, ce qu’elle n’avait jamais encore remarqué.

Quelque chose cloche, c’est certain.

Elle sort dans la rue à toute vitesse. Il n’y a rien.

Que du noir. Et un lampadaire rose.

C’est sûr (enfin, elle l’espère !), elle rêve.

Oscar doit aller bien.

Elle aussi, quelque part, dans un lit.

On le lui souhaite.

Ou peut-être est-elle en train de nous écrire cette histoire ?

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Le principe Hors Lits: des parcours de performances en appartement, un concept né à Montpellier et qu'on trouve maintenant dans le monde entier (http://www.horslits.com).
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